Traiter un patient avec des cellules souches embryonnaires

Les cellules souches sont des cellules non spécialisées, c’est à dire indifférenciées, capables de se multiplier à l’identique ou de se transformer en un ou plusieurs types cellulaires spécialisés de l’organisme : foie, peau, etc. La préparation des cellules souches embryonnaires implique la production d’embryon humain et/ou l’utilisation des embryons surnuméraires issus de la fécondation in vitro, puis le prélèvement de cellules du bouton embryonnaire au stade blastocyste (stade du développement embryonnaire précoce des mammifères, de 5 à 7 jours chez l’homme), nécessitant la destruction de l’embryon ; ces cellules souches embryonnaires sont ensuite mises en culture pour la production d’un très grand nombre de cellules identiques.

Comme l’explique René Trégouët, le 10 octobre 2010, au Centre Sheperd, à Atlanta, des médecins américains de la société de biotechnologie Geron Corporation ont commencé le traitement d’un patient avec des cellules souches embryonnaires humaines dans le cadre du premier essai clinique de ce type au monde. Son objectif est d’évaluer la sûreté et la tolérance des cellules dérivées de cellules souches humaines appelées GRNOPC1 chez des patients paralysés à la suite d’une lésion à la moelle épinière. Pour les tests, la blessure doit être récente et les dérivés de cellules souches doivent être reçus dans les 14 jours suivants. Les chercheurs espèrent pouvoir régénérer les cellules nerveuses endommagées grâce aux cellules dérivées GRNOPC1 et ainsi permettre au patient de retrouver sa mobilité.

Des tests de ce type ont déjà été réalisés sur des rats, offrant des résultats prometteurs.

Ces essais montrent l’intérêt de la recherche sur l’embryon humain, qui reste très controversée. Aux Etats-Unis, cette recherche est autorisée : Barrack Obama a signé le 9 mars 2009 un décret révisant la politique de George W. Bush, sous son administration, la recherche privée sur des cellules souches embryonnaires n’était pas interdite mais les cellules souches devaient avoir été prélevées avant 2001. En France, elle n’est autorisée que depuis la loi du 8 juillet 2004 qui rappelle que « la recherche sur l’embryon humain est interdite » mais l’autorise « à titre exceptionnel », pour une durée de 5 ans, sur des embryons surnuméraires sans projet parental. Or la révision des lois de bioéthique doit avoir lieu prochainement.

novembre 14, 2010 at 3:56 Laisser un commentaire

La β-thalassémie pourra-t-elle être traitée par une thérapie génique ?

La β-thalassémie est une maladie génétique qui touche les globules rouges. En France, on compterait entre 350 et 400 malades, il s’agit de la maladie génétique la plus courante au monde. Elle est due à la mutation du gène codant la chaîne bêta de l’hémoglobine, la protéine des globules rouges du sang qui transporte l’oxygène dans l’organisme (la molécule comprend deux chaînes de type alpha et deux de type bêta).

Il existe déjà un traitement à la β-thalassémie qui augmente fortement l’espérance de vie des patients mais dont la lourdeur altère leur qualité de vie. Il repose sur des transfusions sanguines, généralement toutes les 3 ou 4 semaines. En l’absence de ces transfusions le patient succomberait rapidement d’anémie profonde. Mais leur caractère répété apporte un excès de fer qui doit être éliminé par un traitement aux effets secondaires indésirables et parfois graves.  Les enfants et les adolescents peuvent être soignés par une greffe de moelle osseuse, mais cette thérapie est limitée entre autres par le faible nombre de donneurs.

Produire de la β-globine par thérapie génique serait une solution pour les 80% de malades n’ayant pas accès au don de moelle. La thérapie génique consiste à transférer des gènes dans les cellules des patients afin de produire des protéines thérapeutiques spécifiques nécessaires pour combattre ou corriger les maladies visées. Dans le cas de la β-thalassémie, l’AP-HP explique que la thérapie génique est difficile car le gène modifié de la β-globine, qui doit être transféré, est de grande taille. Il doit de plus être intégré dans une grande proportion de cellules souches hématopoïétiques (c’est-à-dire responsables de la production des éléments cellulaires du sang) et exprimé fortement et spécifiquement dans les globules rouges. Pour y parvenir, les chercheurs se sont tournés vers les vecteurs dérivés du virus d’immunodéficience humaine inactivé, particulièrement efficaces pour transférer de grands fragments d’ADN dans les cellules souches hématopoïétiques. En effet, ces vecteurs sont dotés d’éléments nécessaires pour assurer une très forte expression de la β-globine. Ils comportent également des éléments de sécurisation qui évitent d’une part la réplication du virus et d’autre part l’activation non désirée de gènes du patient autres que la β-globine.

D’après le magazine Pour la Science, sous la direction du professeur Leboulch et avec le concours du professeur Marina Cavazzana-Calvo et du professeur Salima Hacein-Bey-Abina, du département de Biothérapie de l’Hôpital Necker-Enfants Malades (AP-HP), un essai clinique a été effectué sur un jeune homme de 18 ans. Une forte chimiothérapie a détruit la plupart des cellules souches hématopoïétiques demeurant dans la moelle osseuse du patient. Puis on a injecté au patient les cellules souches génétiquement modifiées. 30 mois plus tard, plus de 10% des cellules souches de la moelle contenaient le gène correcteur, dont trois pour cent des érythroblastes, la lignée cellulaire donnant naissance aux globules rouges. La concentration globale d’hémoglobine avait atteint neuf grammes par décilitre, la valeur que permettent d’obtenir les transfusions. Le patient n’a plus besoin de traitement.

Les résultats obtenus, très prometteurs, ont permis la poursuite des essais cliniques.

 

novembre 13, 2010 at 9:31 Laisser un commentaire

L’institut du cerveau et de la moelle épinière à la Pitié-Salpêtrière

Le 24 septembre 2010, Roselyne Bachelot, ministre de la santé et des sports, a inauguré l’Institut du cerveau et de la moelle épinière à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Cet institut accueillera le Cricm (centre de recherche de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière)  qui existe depuis 2009 ; il s’agit d’une unité de recherche mixte réunissant des membres de l’Université Pierre et Marie Curie, de l’Inserm et du CNRS. Ce projet d’envergure réunit plus de 500 chercheurs, cliniciens-chercheurs, ingénieurs, techniciens, doctorants et post-doctorants, au sein de 20 équipes de recherche. Ces équipes ont accès à une quinzaine de plates-formes technologiques de pointe présentes sur le site. Le Cricm a pour mission de développer des recherches sur le système nerveux central et périphérique, chez l’homme sain et malade.

Ses activités de recherches s’étendent de l’analyse des pathologies neurologiques jusqu’à la compréhension de la physiologie du système nerveux et des mécanismes qui sous-tendent son fonctionnement. Les chercheurs travailleront sur les maladies d’Alzheimer, de Parkinson, les accidents vasculaires cérébraux, l’épilepsie, la sclérose en plaques, les troubles obsessionnels compulsifs, les dépressions, mais aussi les conséquences des traumatismes violents tels que la paraplégie ou la tétraplégie.

L’Institut suivra plusieurs axes de recherche, entre autres :

  • L’identification des mécanismes des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson et sclérose latérale amyotrophique notamment) : il s’agira de déterminer les bases moléculaires de certaines formes héréditaires de ces maladies, et surtout les facteurs de prédisposition d’origine génétique les plus fréquents.
  • La compréhension du fonctionnement des neurones, notamment pour l’épilepsie ; trouver les moyens de réparer les cellules gliales ; mieux saisir les mécanismes sous tendant les fonctions mentales à l’origine des comportements de l’homme, qu’elles soient motrices, intellectuelles ou émotionnelles et permettre à nouveau le fonctionnement de la moelle épinière (traumatismes crâniens et de la moelle épinière).

La Pitié-Salpêtrière accueille chaque année environ 100 000 patients neurologiques, les troubles neurologiques touchant près de 8 millions de personnes en France. Certains de ces malades pourront être accueillis, pour une journée ou une semaine, dans l’un des 14 lits de l’Institut, afin d’accélérer le processus de passage de la recherche à la thérapie.

La création de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière a été possible grâce à l’Assistance publique qui a donné le terrain, à la région Ile-de-France, à certains ministères et à la ville de Paris qui ont participé à son financement. Les dotations du secteur privé sont fédérées par Lindsay Owen-Jones, président de L’Oréal, et David de Rothschild. Ils ont récupéré à ce jour quelque 30 millions d’euros et 10 millions d’euros d’engagements. Le monde du sport fait partie des donateurs, notamment la Fédération internationale de l’automobile et le pilote Michael Schumacher, d’après L’express. En effet, l’Institut du cerveau et de la moelle épinière est une fondation privée reconnue d’utilité publique. Ce statut a été choisi pour insuffler à la recherche plus de souplesse et de réactivité.

novembre 12, 2010 at 2:25 Laisser un commentaire

La mesure de la qualité et de la sécurité des soins

Selon l’ARS, « la qualité et la sécurité des soins regroupent l’ensemble des démarches et des actions qui permettent d’assurer le niveau de qualité attendu au regard des bonnes pratiques, reconnues compte tenu des connaissances, et la gestion des risques pour éviter les conséquences non voulues au cours de la prise en charge du patient ».

Plusieurs méthodes existent pour mesurer la qualité et la sécurité des soins. D’après qualite-securite-soin.fr, Pour répondre à la question « Quelle est la qualité de ce soin ? », il faut répondre aux huit questions suivantes :

  • L’état du patient nécessite-t-il ou simplement justifie-t-il bien un soin ?
  • Le type de soin que l’on décide de réaliser est-il le plus approprié ?
  • Le soin que l’on a décidé d’effectuer est-il réalisé de façon correcte ?
  • Le soin que l’on a effectué l’a-t-il été au moment le plus judicieux ?
  • Le soin qui a été effectué a-t-il été expliqué de façon satisfaisante ?
  • L’évolution du patient après le soin est-elle suivie de façon adéquate ?
  • L’évolution observée après le soin montre-t-elle qu’il a été efficace ?
  • L’évolution observée après le soin révèle-t-elle des effets indésirables ?

Par exemple, depuis 2001, l’AP-HP effectue une enquête de satisfaction auprès de ses patients hospitalisés en médecine, chirurgie, obstétrique, psychiatrie et pédiatrie, comme le code de santé publique l’y oblige. Dans le cadre de son plan stratégique 2010-2014, cette enquête vise à améliorer l’accueil à l’hôpital, la bientraitance de l’usager, la transparence de l’information qui lui est fournie et l’amélioration des relations avec la médecine de ville.

Pour impliquer les professionnels et les usagers dans l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins, on évalue les pratiques professionnelles, la Haute autorité de santé certifie les établissements de santé, on a créé la Commissions des Relations avec les Usagers et de la Qualité de la Prise en Charge, on publie des indicateurs de qualité, on accrédite des médecins…

Les indicateurs de qualité des établissements fournis par le ministère de la santé portent sur la lutte contre les infections nosocomiales et la qualité de la prise en charge du patient.

Tout ceci est mis en place pour améliorer la qualité et la sécurité des soins mais aussi de choisir un lieu d’hospitalisation en connaissance de cause.

 

novembre 11, 2010 at 5:21 Laisser un commentaire

Les neurones miroirs et leur application marketing

Les neurones miroirs ont été découvert par l’équipe du professeur Giacomo Rizzolatti dans les années 1990. D’après ce dernier, professeur de physiologie et directeur du département de neurosciences à l’Université de Parme, « les neurones miroirs constituent une classe particulière de neurones initialement identifiés dans le cortex précentral du macaque. Leur caractéristique principale est de s’activer aussi bien lorsque le singe effectue une action spécifique ou lorsqu’il observe un autre individu en train d’exécuter la même action. Ainsi un tel neurone s’active quand le singe saisit un objet donné, ou lorsqu’il voit l’expérimentateur saisir le même objet. » Il est admis que de tels neurones doivent aussi exister chez l’espèce humaine.

Les neurones miroirs participeraient à la compréhension de l’action et au processus d’imitation (c’est-à-dire reproduire une action observée et apprendre une nouvelle action par l’observation). Les fonctions assurées par les neurones miroirs dépendent de l’anatomie et des propriétés physiologiques du circuit auquel ils appartiennent. On suppose que les mécanismes miroirs sont également impliqués dans le processus d’empathie, ce qui pourrait expliquer l’autisme : chez les autistes, les neurones miroirs ne s’activeraient pas. L’existence d’une base neurologique de l’empathie indique donc que c’est un savoir qui peut être construit et développé.

Les neurones miroirs pourraient aussi être le système basique à partir duquel a évolué le langage, car ils expliqueraient comment un message valable pour l’émetteur le devient également pour le récepteur.

Le docteur Pradeep a travaillé sur les applications pratiques de  cette découverte. Dans The Buying Brain: Secrets for Selling to the Subconscious Mind, destiné aux commerçants qui veulent stimuler l’activité des neurones miroirs de leurs clients potentiels, ce qui faciliterait la communication persuasive d’un concept ou d’une marque, il explique comment NeuroFocus, la plus grande société de neuro-marketing au monde, qu’il a lui-même fondée, a appliqué la théorie des neurones miroirs pour aider un vendeur automobile à résoudre un problème épineux et à obtenir de meilleurs résultats dans sa salle de démonstration. Puisque la découverte des neurones miroirs a révélé que le fait d’observer quelqu’un en train de faire une action ou de vivre une émotion constituait une expérience active, le docteur Pradeep suggère aux commerçants de montrer à leurs clients des gens qui ont affaire directement à leur produit ou service, l’exposition à une situation mettant en scène produits et protagonistes serait plus efficace qu’une communication se contentant d’un simple discours sémantique et d’une simple présentation de l’offre. Activer le système de neurones miroirs serait lors la façon la plus efficace d’établir un lien avec son client. Ainsi, « lorsque les consommateurs se trouveront dans la boutique ou qu’ils feront des achats en ligne, ces sentiments de désir seront activés dans leur subconscient et cela les stimulera à essayer et à acheter » affirme-t-il. Ce qui s’explique ainsi : « la vision et l’audition d’une situation contextuelle susciteraient la pré-mobilisation des aires prémotrices et associatives chez l’individu qui selon les cas et les habitudes de chacun, amorcerait l’activation de souvenirs moteurs auxquels des affects seraient associés (renforcement) et/ou faciliterait la pratique ultérieure effective du comportement, en créant l’ébauche d’une heuristique affective (facilitation). »

novembre 10, 2010 at 1:36 1 commentaire

Mireille Faugère a la tête des Hôpitaux de Paris (AP-HP)

L’ancienne directrice de la SNCF Voyages et Voyages-sncf.com remplace Benoit Leclercq à la direction de l’Assistance Publique des Hopitaux de Paris sur proposition de la ministre de la santé Roselyne Bachelot, en conseil des ministres mercredi 22 septembre.

La nouvelle directrice prendra ses fonctions dans le contexte tumultueux de l’adoption prochaine d’un plan stratégique de réorganisation. Ce plan à 5 ans a pour objectif d’améliorer l’offre de soins tout en revenant à l’équilibre financier d’ici à 2012, impliquant le regroupement de 37 hôpitaux en 12 centres hospitaliers et la suppression de 3 000 à 4 000 postes.

Cette lourde tâche sera l’opportunité pour Mireille Faugère de s’imposer à la tête de l’établissement. Diplômée de HEC en 1978, elle a exercé des postes à responsabilité pendant plus de 20 ans à la SNCF (directrice de la gare Montparnasse, directrice du département  stratégie de la SNCF, créatrice et présidence du site voyages-sncf.com, directrice générale de la SNCF Voyages) .

Elle a réussi notamment à transformer avec succès une entreprise technicienne en société de services tout en améliorant sa performance et en lui donnant une dimension internationale.

Sa principale mission consistera à réussir la modernisation du premier employeur en Ile-de-France (l’AP-HP compte 40 000 collaborateurs) tout en conservant sa mission de proximité.

septembre 24, 2010 at 8:05 Laisser un commentaire

Gérard Ferey : La chimie des solides poreux au service de la médecine

Professeur émérite de l’université de Versailles, Gérard Férey  a reçu, jeudi 9 septembre, la médaille d’or du CNRS. Agé de 69 ans, il est distingué pour l’ensemble de son oeuvre, notamment pour ses travaux sur les solides poreux.

Il est le créateur de l’Institut Lavoisier (unité mixte de recherche CNRS-université de Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines) depuis bientôt 14 ans. Un institut de 120 membres réputé à l’échelle internationale.

Avec les chercheurs de l’Institut Lavoisier, il a mis environ quatre ans à travailler à la création de  « solides poreux », sortes d’édifices moléculaires en forme d’énormes cages. A la clé, une technique de pointe, en avance de plusieurs années sur les autres laboratoires du secteur, pour prévoir la structure de ces solides avant leur synthèse et donc décider de leurs applications possibles.

Il se trouve que les applications sont séduisantes. En ces temps de développement durable, on pense immédiatement à la capture et au stockage du CO2… On pourrait imaginer aussi le stockage de l’hydrogène, ce carburant peu polluant qui présente l’inconvénient de l’instabilité…

Mais imaginons que l’on y stocke des médicaments, afin que les principes actifs soient relâchés directement dans l’organe malade ?

Les premiers tests, menés avec une molécule banale – l’ibuprofène, un anti-inflammatoire – ont été couronnés de succès. Actuellement, le labo teste l’insertion de principes actifs utilisés contre certains cancers ou contre le sida… Une autre avancée dans le ciblage du traitement des maladies chroniques.

Bref, les perspectives ouvertes par ces travaux initialement très fondamentaux sont passionnantes.

septembre 10, 2010 at 6:50 Laisser un commentaire

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